Mail ouvert à mes conseillers régionaux : 1 réponse

Ça y est j'ai eu une réponse

Je m'aperçois qu'il s'est passé pas mal de temps depuis le dernier billet (vacances obligent) et j'espère que vous n'avez pas tous décroché car ça y je suis rentrée. Et je rentre avec dans mes bagages la (ou plutôt une) réponse au mail que j'avais envoyé il y ... 4 mois[1] à trois conseillers régionaux de PACA[2]. Pour ceux qui ne l'auraient pas lu ce mail a fait l'objet de ce billet. Pour les autres petit rappel : trois conseillers régionaux de PACA, messieurs Aschieri, Castaner et Mussi, élus lors des élections régionales de mars dernier avaient signé pendant la campagne le pacte du logiciel libre.
Je leur avait donc envoyé un mail pour, d'une part, connaître leurs motivations et d'autre part savoir ce qu'ils pensaient pouvoir mettre en œuvre pour respecter ce pacte à savoir promouvoir les logiciels libres au sein de leur administration. Cela donnait lieu aux trois questions suivantes :

* Premièrement j'aimerais avoir votre définition du logiciel libre histoire d'être sure que nous parlons bien de la même chose.
* Ensuite je voudrais savoir ce que les logiciels libres représentent pour vous, pourquoi ils vous semblent importants, en d'autre termes pourquoi vous avez signé ce pacte? La question peut paraître agressive mais ce n'est pas le cas. Seulement il y a des milliers de bonnes raisons de défendre les logiciels libres et pour savoir à qui j'écris j'aimerais savoir qu'elle est la vôtre (ou les vôtres)?
* Et enfin, la question la plus évidente : « Que comptez-vous mettre en oeuvre dans le cadre de votre mandat pour respecter ce pacte ? »

De messieurs Aschieri et Castaner je n'ai pas eu de nouvelles, pas même un accusé de réception. Monsieur Mussi m'a, en revanche, répondu et m'a proposé en entrevue pour me donner ses réponses de vive voix. Entrevue que j'ai bien entendu acceptée, qui a eu lieu le 8 juillet dernier à la mairie de Valbonne et dont je vais tenter de faire un compte-rendu ici. Tout ce qui est dit ci-dessous m'a donc été expliqué par M. Mussi sauf lorsque c'est précisé. S'il s'avérait que j'avais mal compris ou interprété certains faits je le prie, s'il vient à lire ce billet, de ne pas s'en offusquer et de ne pas hésiter à me corriger en commentaires.

Entrevue avec Philippe Mussi

Je démarre cet entretien par une petite explication de ma démarche car je ne sais pas si le fait de questionner ainsi son conseiller régional est très naturel. J'explique donc mon intérêt pour les logiciels libres et aussi ma logique de démocratie dite « participative[3] » qui me pousse donc à lui écrire pour m'assurer de ce que les représentants ... représentent en quelque sorte. Rien là dedans n'a l'air de le surprendre, tout va bien.
C'est ensuite son tour de se présenter rapidement. Il est donc, on le sait, tout nouveau conseiller régional et également adjoint au maire de Valbonne (06) aux nouvelles technologies. Il est (ou a été malheureusement je ne sais plus) membre de l'AFUL. Il m'a l'air (c'est là un commentaire personnel et rien qu'il n'ait dit) d'un informaticien, d'un libriste, osons le mot d'un geek[4].

Après cette présentation il m'explique ce qui se fait, ou pourrait se faire, à la mairie et à la région.
À la mairie tout d'abord, il y a environ 400 postes informatiques et 4 personnes pour s'en occuper. M. Mussi essaye de développer les logiciels libres de ce côté-ci mais ce n'est pas gagné. Installer Linux n'est même pas envisageable, peut-être passer à OpenOffice pour la suite bureautique serait dans un premier temps plus facile et demanderait moins de travail. La mairie peut, en revanche, mettre en place des actions ponctuelles. M. Mussi m'a ainsi expliqué que des clés USB[5] contenant des logiciels libres pour Windows qui s'utilisent directement sur la clé (sans installation) avaient été distribuées aux élèves de d'école primaire.
Pour ce qui est de la région maintenant, M. Mussi avait demandé une délégation aux logiciels libres qui lui a été refusée. Il m'explique qu'il y a, à la région, trois services informatiques qui n'ont pas tous la même sensibilité à l'égard des logiciels libres. Le premier s'occupe des besoins internes du conseil régional et ne veux pas entendre parler de libre, le second service gère quant à lui les lycées et est tolérant, si l'Éducation Nationale dit qu'il faut des logiciels libres, alors mettons des logiciels libres. Le troisième service s'occupe des espaces habitables et est lui beaucoup plus ouvert à l'utilisation de logiciels libres. C'est un service qui, par exemple, aide au développement du réseau dans les « zones blanches » (chez nous ce sont principalement les zones de montagne). C'est également ce service qui s'occupe des ERIC. En résumé, ce sont des genres de cybercafé,gérés par des associations, soutenus par la région qui proposent des accès internet, des formations informatiques, etc, aux personnes qui ont des difficultés à avoir accès à l'informatique[6].

Pour finir l'entretien nous parlons un peu de contenus libres, sujet qu'il aimerait voire plus développé dans nos institutions. Pour la mairie, il y a du travail car le sujet n'est pas vraiment abordé. Même pour le contenu du site, il n'y a rien de précisé. À la région, cela pourrait consister en des clauses introduites lors d'attribution de subventions, ou du soutien aux artistes qui mettent leurs créations sous licence libre. Mais c'est encore très loin de ce qui peut être fait dans d'autres régions comme la Bretagne. J'invite donc les bretons qui me lisent à nous dire ce qui se fait dans leur (magnifique) région.

Conclusion

Voici donc à peu près, le contenu de cet entretien. Entretien qui m'a laissé sur deux impressions contradictoires. La première est qu'il s'est bien passé, très agréable et intéressant. L'autre impression est de rester sur ma faim par manque de préparation. En effet, les trois questions que j'avais posées par mail n'étaient pas adaptées pour parler à quelqu'un qui est dans le monde du libre depuis longtemps. Et je n'avais pas préparé suffisamment de questions précises pour rentrer en détail dans ce qu'il était possible de faire à la mairie ou pas. Ceci dit cela aurait sans doute été impossible en à peu près 1 heure de temps et comme je n'y connaissais rien j'ai appris plein de choses. Dont certaines qu'il faudra approfondir. Pour conclure, journaliste ça ne s'improvise pas mais je ferai mieux la prochaine fois.

Mlle Ellute

Notes

[1] ouh là ça fait encore plus longtemps que ce que je pensais

[2] Provence Alpes Côte d'Azur

[3] je met entre guillemets car il me parait toujours étrange de devoir ajouter ce qualificatif alors qu'il ne s'agit « que » de démocratie

[4] Je le prie de m'excuser si d'aventure le mot ne lui plait pas, il n'a évidemment pour moi rien de péjoratif

[5] un peu dans le style des Framakey

[6] Je n'ai pas encore eu le temps de creuser le sujet mais en attendant voici la page internet sur le sujet : http://eric.regionpaca.fr/index.php3

Mlle Ellute

Author: Mlle Ellute

Restez au courant de l'actualité et abonnez-vous au Flux RSS de cette catégorie

Commentaires (4)

Philippe Mussi Philippe Mussi ·  19 août 2010, 14:31

Merci de cette initiative de vraie démocratie, comme il y en a trop peu.
Et merci également de ce compte-rendu de notre rencontre. Je ne suis pas certain d'avoir dit vraiment exactement tout ceci lors de cette longue et intéressant échange, mais ce n'était pas trop loin.

Deux petites précisions: la clé de logiciels libres sur clé pour les élèves de primaire n'est pas encore distribuée à Valbonne, elle le sera pour la première fois à la prochaine rentrée. Et le passage de l'informatique municipale en OS libres n'est pas, c'est vrai, envisagée à court terme, c'est une option très sérieuse dans un avenir plus lointain.

Philippe Mussi

Elbereth Elbereth ·  30 août 2010, 14:26

C'est une bonne initiative des deux cotes, car recevoir la demoiselle Ellute pour parler de vive voix c'est quand meme mieux qu'une reponse par email :).
je suis egalement contente de savoir que le pacte logiciel libre debouche sur du concret, meme si c'est petit a petit :), il faut bien commencer par quelque chose !

Christine Christine ·  07 septembre 2010, 17:02

Echange très intéressant. Travaillant dans la DSI d'une collectivité locale, je suis très surprise de la frilosité des collectivités envers le monde des logiciels libres.
L'Etat est beaucoup plus en avance dans le domaine, au départ probablement pour des choix financiers mais pas seulement.

Quelque soit le domaine, le choix des élus, au moins dans les grandes collectivités, est malheureusement beaucoup trop souvent , le choix des directeurs des services techniques. Ceux-ci ont tous les arguments en main pour imposer, sans en avoir l'air, leurs propres choix, et c'est encore plus vrai en informatique. Car, à moins de tomber sur un élu informaticien, un directeur informatique peut à peu près faire croire ce qu'il veut à un conseil municipal.
(à un détail près, bizarrement: quant il faut convaincre que, non, une personne ne pourra déçemment pas déveloper ce programme en 1 semaine, que c'est plutôt 3 personnes sur un mois...)

Et un directeur informatique a souvent très peur de s'engager dans le domaine du libre. Pourquoi?

Pour moi, la raison fondamentale est qu'il va falloir former le personnel et quelque part, les responsabiliser sur leur outil de travail, leur donner accès à un savoir qu'ils ne possèdent absolument pas actuellement. Car la logique des logiciels libres au fond (pour moi en tout cas) est bien de maitriser son logiciel, de le paraméter comme on veut, voir de personnaliser son système d'exploitation. Je suis toujours effarée par le peu de compétence générale des personnels administratifs face à leur ordinateur. On leur a juste dit: pour faire ça, appuie là, pour imprimer c'est cette touche... et si ça marche pas, tu appelles tel numéro! En général, avant de téléphoner, les gens cliquent au petit bonheur à droite , à gauche..., ne faisant que compliquer le dépannage...

Les services informatiques, n'ayant pas les moyens de prendre le temps de former et de dépanner, ils essayent d'avoir des postes de travail les plus homogènes, les plus standards possibles. L'idéal, pour un DSI, c'est que les 4000 postes de travail soient strictement identiques : carte mère, graphique, processeur, mémoire, version d'OS, de Word, excel, IE, photoshop...; C'est évidemment impossible et ça l'est de moins en moins. Mais quelque part, gérer tout cela avec Windows et toute la clique Microsoft, ça a un petit côté rassurant. A près tout, les millions de postes de travail en France sont gérés de la même manière. Personne ne pourra vous le reprocher.

Par contre introduire des logiciels libres dans cette gestion qu'on maîtrise déjà à peine, c'est indroduire le loup dans la bergerie. Et si le chateau de cartes , probablement un peu branlant , se casse la figure, c'est le DSI qui saute!!!

C'est pourtant un gouffre financier les licences ET les maintenances Microsoft et autres consort (Oracle au hasard...)

Or je pense qu'une DSI, un tant soit peu importante, devrait non seulement utilisé des logiciels libres mais surtout PARTICIPER au développement des logiciels libres. Toutes les communes de France doivent gérer un cadastre, gérer des documents d'urbanisme, gérer des cimetières....
Il y a énormément d'outils qui pourraient être utilement partagés.

Embaucher des jeunes informaticiens pour participer à ce développement, je pense que ce serait un vrai choix politique pour des élus.

(j'espère avoir été claire et pas trop fouilli..)

Sylvie Sylvie ·  22 septembre 2010, 09:53

Juste une info à propos de ce qui se passe en Bretagne : du 27/09 au 27/11/2010 les Journées Finistériennes du Libre se déroulent à Quimper. Le programme est là : http://www.jfl2010.fr.

Lundi 27/09 il y a une conférence "logiciels libres et collectivités locales", je vous raconterai.

Bonne initiative qui sort des schémas habituels.

Ajouter un commentaire Fil des commentaires de ce billet

Les commentaires peuvent être formatés en utilisant une syntaxe wiki simplifiée.

Aucune annexe



À voir également

TTIP : La démocratie gênerait-elle le libre échange ?

Je vous disais dans ce billet qu'ACTA, qu'on avait dégagé, tentait de revenir en douce. En réalité c'est un petit peu plus grave que ça. Vous avez sûrement entendu parlé de l'accord de libre échange aussi appelé TTIP ou TAFTA ? Mais si rappelez vous il y a même pas un mois, suite à la découverte[1] que la Commission Européenne était sur écoute des États-Unis, les gouvernements européens ont crié au scandale en disant, je résume : «puisque c'est comme ça on bloque les négociations sur l'accord de libre échange». Je vous rassure ils ont crié un peu mais c'était juste pour la gloire, les négociations ont bien démarré la semaine dernière. Le problème est que cet accord va encore une fois être négocié dans les ombres de la Commission Européenne, en dehors de tout contrôle démocratique. En tout cas c'est ce qui est annoncé sur leur site : ici. La CE va négocier et à la fin seulement le parlement aura le droit de dire s'il est d'accord ou pas... même processus que pour ACTA. Donc, ce week-end j'ai décidé d'envoyer un «petit» mail aux députés Européens de ma circonscription (France, Sud-Est) pour leur faire part de mes inquiétudes et leur demander d'agir pour que le parlement soit inclus dans le processus de négociation. Note [1] je vous jure, y'en a en les entendant on aurait cru que c'était la découverte du siècle que les États-Unis écoutait plus ou moins illégalement le reste du monde...

Lire la suite

Internet s'invite dans la campagne

Vous l'aurez remarqué LE sujet du moment c'est la campagne présidentielle et je me devais d'en parler car ce blog est aussi, évidemment, politique[1]. Et pour ce billet, j'ai voulu allez voir d'un peu plus près ce que les candidats avaient à dire sur les mêmes sujets que j'essaye de traiter sur ce blog, internet, sa neutralité, les logiciels libres, la liberté d'expression sur internet, tout ça. Je sais que l'initiative Candidats.fr a un peu le même but mais il s'agit alors de poser des questions aux candidats. D'une part je n'ai pas les moyens de le faire, et qu'ils me répondent, d'autre part le but était justement de voir ce qu'ils diraient par eux-même sans qu'on leur pose la question. Je me suis donc lancée dans l'entreprise herculéenne [2] de lire tous les programmes. Enfin, presque herculéenne vu qu'ils ne sont que 10 et non 12, et de voir ce qui était dit dedans, en particulier sur deux sujets: internet et les logiciels libres. Après en avoir lu quelques uns je me suis dit que ce serait peut-être un peu court donc pour agrémenter j'ai choisit de rechercher sur chacun des sites internet de campagne les deux mots clés suivant «internet» et «logiciel libre». Ni plus ni moins et les mêmes pour tout le monde. Le résultat de cette recherche dans les programmes et sur les sites est assez long. J'ai donc rédigé un document complet qui donne à la fois tous les liens nécessaires et tous mes commentaires et qui est en pièce jointe. Ce billet est donc une synthèse de tout ça[3]. Notes [1] Ce titre est une référence à cette note de Martin Vidberg, comme j'avais pas d'idée de titre j'ai trouvé ça approprié. D'autant que là c'est moi qui m'invite vraiment vu que personne ne me demande mon avis! [2] non non les chevilles vont bien ;-) [3] si si je vous assure c'est une synthèse

Lire la suite